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  • Clémence Delpeux

LE SYNDROME PRÉMENSTRUEL ET LE TROUBLE DYSPHORIQUE PRÉMENSTRUEL : UNE ANORMALITÉ BANALISÉE

En ce 28 mai, journée de l’hygiène menstruelle, nous avons décidé de centrer notre réflexion sur le syndrome prémenstruel & le trouble dysphorique prémenstruel qui accompagne chaque personne menstruée au moins une fois dans sa vie, et qui précède l’arrivée des règles.



👉 Le Manuel MSD est une mine d’information gratuite qui recense les problèmes de santé en y apportant un éclairage scientifique reconnu.


🩸 Pour connaître les symptômes, c'est par ici


Certaines études tentent d’évaluer le nombre de personnes à utérus qui le vivent.

Il faut cependant souligner d’emblée l’absence de données claires.

D’une étude à l’autre, les écarts sont souvent énormes. Cela semble varier d’un échantillon de sujets à un autre, ou bien en fonction de la méthode scientifique utilisée, en fonction du pays et aussi de la capacité de reconnaissance des symptômes chez les sujets interrogés.

D’après une étude faite sur des personnes françaises, 12% présenteraient des symptômes de SPM et 4% de TDPM. La France fait partie des pourcentages de SPM et TDPM les plus bas, en opposition à une étude en Iran dans laquelle 98% des personnes interrogées rapportent des symptômes liés au SPM; aux Etats-Unis c’est 20-30%. Au Brésil, on estime à 17% le nombre de sujets touchés par le TDPM.


A l’échelle mondiale, le Manuel MSD estime qu’entre 20 et 50% des personnes à utérus expérimentent le SPM, et 5% le TDPM, les estimations hautes pouvant aller jusqu’à 9% dans une étude de 2003.


“Sur les quelque 450 cycles menstruels que connaît une femme au cours de sa vie (Halbreich et al., 2003), une femme qui présente les symptômes du trouble dysphorique prémenstruel pendant une semaine par cycle connaîtrait 8,6 années cumulées de symptômes, ce qui est similaire à ce qu'une personne souffrant d'un trouble dépressif majeur récurrent connaîtrait au cours de sa vie." - Kessler et Walters, 1998

Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’environ 90% des personnes menstruées dans le monde rapportent au moins un symptôme lié au SPM pendant leurs cycles.

Nous sommes nombreux·ses à avoir, au moins une fois dans notre vie, vécu ce fameux SPM ou la version plus handicapante encore, le TDPM.

La reconnaissance de ce trouble est un véritable soulagement car il touche une majorité de personnes à utérus, à différentes échelles.

Cela dit, il faut prendre garde au renforcement des idées reçues à l’égard des femmes, que cette reconnaissance médicale pourrait alimenter.

En effet, on a souvent vu les femmes être discréditées dans la société en raison de leurs “humeurs” durant leurs règles, et l’hystérie féminine est un poncif bien accroché qui a souvent été rattaché à leur cycle.

La psychologue Paula Caplan explique en ce sens que la classification du SPM et du TDPM pourrait créer des étiquettes "qui peuvent être utilisées par une société sexiste qui veut croire que de nombreuses femmes deviennent folles une fois par mois (...) Tout changement hormonal normal chez les personnes de l'un ou l'autre sexe peut exacerber les migraines, les problèmes de thyroïde, etc., mais personne ne suggère de considérer... les changements hormonaux des hommes comme des maladies mentales."


Par ailleurs, la recherche bute toujours sur les raisons de ce SPM/TDPM : A-t-il toujours existé? Est-il partout présent dans le monde ? Est-ce environnemental ? Développemental ?

Aucune étude, à ce jour, ne peut prétendre détenir LA vérité. La raison est simple : le SPM/TDPM semble être multi-factoriels, et les facteurs impliqués semblent également varier d’une personne à l’autre. De plus, l’efficacité des solutions proposées varient également d’une personne à l’autre. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas “normal” d’avoir tous ces symptômes à l’approche de ses règles, notamment s’ils nous empêchent de vivre. Le fait qu’une grande partie des personnes menstruées traversent des périodes de SPM et de TDPM ne font pas de ces troubles des étapes du fonctionnement biologique normal.



En phase folliculaire (juste après les règles et jusqu’à l’ovulation, soit environ 14 jours en moyenne), l’hormone dominante est l’oestrogène. En phase lutéale (après l’ovulation, soit dans la période SPM/TDPM) c’est la progestérone qui domine.


Les études passées ont souvent investigué le SPM/TDPM à travers l’hypothèse qu’ils seraient le symptôme d’un déséquilibre hormonal entre oestrogène et progestérone. Cependant, il apparaît à la lumière d’études plus récentes que régler un déséquilibre hormonal ne résout pas obligatoirement le SPM/TDPM. Il semblerait donc que le regard des chercheuses et chercheurs se penchent maintenant davantage sur la sensibilité des personnes menstruées aux fluctuations normales de leurs hormones pour expliquer le SPM/TDPM.


Comme vu précédemment, la progestérone est l’hormone clé de la phase lutéale, elle est censée nous apporter notre dose sédative et anxiolytique pour nous permettre de passer la période sans trop de difficulté. Cependant, chez les personnes souffrant de SPM/TDPM, il aurait été constaté une altération du système nerveux central aux hormones, ce qui empêcherait la détente que permet normalement la progestérone. Cela serait dû à un dérèglement des récepteurs qui ne parviendraient alors pas à s'adapter aux changements des taux hormonaux normaux.

Paradoxalement, les personnes concernées sont donc plus sensibles au stress et à l’anxiété durant cette période.

De plus, la plupart des études convergent également sur l’hypothèse qu’un manque de sérotonine durant cette période est une des causes du SPM/TDPM. A ce jour, ces pistes sont les plus représentées dans les études sur le sujet, même si de nombreuses autres pistes existent.


Il a été admis que les causes du SPM découlait principalement de bouleversements plus biologiques que psychologiques et notre volonté n’a que peu de prise sur les bouleversements internes ressentis. Les envies compulsives de manger, les insomnies et les baisses de moral sont souvent des réactions biologiques à un manque durant cette phase (manque de mélatonine pour le sommeil ou encore manque de dopamine et de magnésium pour l’humeur et la détente, élément que l’on retrouve dans le chocolat par exemple, etc). Cependant, il est vrai que certains éléments exogènes sont aggravants et qu'il est nécessaire de les prendre en compte. Ces éléments se réfèrent à l’histoire de chaque personne et peuvent influer sur l’intensité du trouble.

Ils peuvent être : le surmenage, le stress chronique, la charge mentale, la pollution, les traumatismes vécus, etc. 👉 Par exemple, durant le confinement, le cycle menstruel a été grandement impacté à cause du stress et du changement brutal de rythme de vie : retard de règle, absence de règle ou SPM/TDPM beaucoup plus intenses.

De récentes études suggèrent également l’existence d’un facteur génétique dans le SPM/TDPM.


La solution la plus étudiée et la plus utilisée dans les syndromes psychologiques graves chez les personnes atteintes de SPM/TDPM sont les anti-dépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Ils permettent de soutenir le bien-être général en augmentant la disponibilité de la sérotonine dans l’organisme. Certaines personnes souffrant de SPM/TDPM prennent des antidépresseurs au quotidien ou bien en intermittence, durant leur phase lutéale uniquement (soit 10 à 15 jours durant le mois). Il est constaté que les individus se voyant administrer ce type d’anti-dépresseurs ressentaient les effets bénéfiques très rapidement (de quelques jours à quatre semaines), contrairement aux personnes en dépression ou anxieuses qui mettent entre 4 à 8 semaines à ressentir les effets.


Cette réponse médicale est parfois perçue comme une impasse, pathologisante ou démoralisante. En effet, le traitement est lourd et ne règle pas le problème en profondeur, car il devra être pris jusqu’à la ménopause, dans les cas les plus graves.

Certains traitements plus naturels sont étudiés, comme les huiles d’onagre ou de bourrache, ou les plantes comme la griffonia, le gattilier, les feuilles de framboisiers, mais les études manquent d’approfondissement.

Les recherches tendent néanmoins à suggérer de bons résultats sur la détente du système nerveux par la prise de magnésium associé à la vitamine B6, en cure. L’entreprise Equilibrist Lab fait partie de celles qui proposent des solutions naturelles aux problématiques, parfois lourdes, liées au cycle menstruel. Ce genre d’initiatives qui se multiplient permettent de pallier certains vides médicaux.



Quoi qu’il en soit, un parcours dirigé vers un mieux-être global semble être une porte de sortie qui a permis à bon nombre de personnes concernées d’alléger les symptômes survenant à cette période. La méditation et le yoga sont par exemple des activités conseillées dans certaines revues scientifiques, et à intégrer dans une hygiène de vie globale. Au Tambour ! valorise ces mises en place auprès des Dames accueillies en leur proposant des activités de reconnexion à soi et à leur corps. Elles sont nécessaires pour permettre un espace de détente aux femmes qui n’arrivent pas à s'octroyer du temps pour penser à elles.


Nous constatons, à notre échelle, que ces instants uniquement dédiés à leur bien-être ont de réels résultats sur la santé mentale et physique sur le long-terme.

Par ailleurs, nous observons une réelle sororité lorsque l’une des femmes présentes au local vit une période compliquée en raison de son cycle : conseils des unes et des autres, confessions personnelles et bouillottes réconfortantes à disposition permettent de remonter le moral dans ces instants parfois compliqués !


Le sujet des règles reste encore tabou, et difficile à aborder pour certaines. Cependant, une fois que la parole est déliée, au détour d’une conversation, chacune dépose ses confidences et ses ressentis. Libératrice, cette parole permet de déstigmatiser cette période du mois, et de réaliser, bien souvent, qu’on est jamais seules à traverser ces bouleversements !


👉 Au Tambour ! offre également un accès inconditionnel aux protections hygiéniques, disponibles en libre service dans les toilettes ou en paquets dans les kits.

Les problématiques menstruelles (SPM/TDPM/dysménorrhée/endométriose) sont également prises en compte au sein de notre équipe salariée. Cette réalité ne peut et ne doit pas être ignorée ! C’est pour cela que Au Tambour ! est en train d’inclure dans son fonctionnement le droit au congé menstruel. Encore peu démocratisé, le monde du travail n’a jamais réellement pris en compte les différences des corps et des problématiques. Plutôt que de chercher à se conformer au monde du travail pensé par des hommes et pour des hommes, Au Tambour ! a la volonté d’adapter son fonctionnement au rythme des femmes qui le composent.


La reconnaissance du SPM/TDPM est une réelle avancée, même si certaines voix engagées s’élèvent pour prévenir des conséquences qu’une pathologisation pourrait avoir sur la stigmatisation des personnes menstruées. Les causes sont encore peu claires, mais il semblerait qu’elles soient en lien avec des réactions anormales à des changements normaux des taux d’hormones à cette période. Le traitement du pan “psychologique” de ce trouble, trouve consensus dans l’utilisation d’anti-dépresseur (ISRS), ce qui reste lourd. Aucun médicament dédié exclusivement au SPM/TDPM, et donc adapté aux besoins, n’a été développé. Certaines féministes semblent même penser qu’une partie des industriels pharmaceutiques tirent bénéfices d’une pathologisation du trouble et de sa médication par ISRS.


Autres ressources :

  • Les Hospices Civiles de Lyon ont ouvert un hôpital de jour dans lequel vous pouvez venir vous faire diagnostiquer et être pris.e en charge en cas de règles abondantes. Le diagnostic est rapide et le rendez-vous se fait directement en ligne ! Une initiative qui a pour ambition d’offrir une prise en charge pluridisciplinaire. Les HCL proposent également une présentation des filières de soins en Auvergne-Rhône-Alpes à l’attention des personnes souffrant d’endométriose.

  • Pour les anglophones, le livre Period Repair Manual, de Lara Briden est une bible pour comprendre ce qu’il se joue dans le corps des personnes menstruées et se renseigner sur les traitements naturels les plus appropriés selon nos problématiques.

  • Dans cet article, vous retrouverez également un lien vers la plateforme Ziwig qui permet un pré-diagnostic initial, si vous vous questionnez sur votre probabilité d’être atteint.e d’endométriose.

  • Le MOOC Endométriose vous permet également de vous informer en profondeur sur cette pathologie.



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